La Princesse blanche
Traduit de l’allemand par Marie Hasse
Une villa princière de la Renaissance, quelque part en Toscane. La scène est au bord de la mer. La princesse, une femme, peut-être une enfant, laissée seule par l’homme qui, onze ans auparavant, l’a prise pour épouse, regarde à l’horizon. Elle attend celui qui trouble le sommeil de ses nuits, celui qui lui rendra ses roses, ses mythes, son enfance. Le signe est convenu, lorsqu’il passera sur les flots : la voie est libre, vous pouvez accoster. Toutes ces années, elle s’est gardée pour cet instant. Comment, pourquoi, la barque approche, et ce signe, elle ne le fera pas. Voici un drame affranchi de l’action, qui se noue dans le silence, l’attente et le dialogue intérieur des âmes, sous les paroles échangées, tandis que ciel et mer inscrivent dans les regards les abysses d’indicibles émotions. En 1900, Rilke notait dans son journal : « J’aimerais écrire un drame inscrit dans la nostalgie. Il faudrait l’intituler L’Aveugle. Tout à coup, je sais ; je vois la silhouette mince d’une jeune fille dont la sensibilité s’est portée tout entière à la surface de son corps pour y fleurir. » Pièce en un acte écrite en vers, La Princesse blanche, poème dramatique par excellence, ébauché en 1898, presque recommencé en 1904, est le seul de tous ses essais dramaturgiques que Rilke souhaitera voir intégré à l’ensemble de son œuvre. Qu’elle porte déjà tout entière, cœur indistinct du silence auquel le poète n’aura jamais cessé de remonter.
Date de parution : 23/04/2026